[vc_row][vc_column][vc_column_text]Le Ventoux n’est pas un haut mont tranquille. La fascination qu’exerce sa calotte débonnaire sur le commun des mortels en a fait le théâtre d’ascensions risquées. Car, parfois, se referment des pièges insoupçonnés, dissimulés dans sa densité forestière et l’extrême traîtresse de températures sibériennes que ne désavoueraient pas les sommets alpins.

L’histoire de ce mont pelé et aussi attirant qu’inhospitalier, se perd dans le brouillard des temps. Si l’on manque de repères précis concernant l’évolution de sa robuste constitution, une date situe l’une de ses premières rencontres avec l’homme.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column width= »1/2″][vc_single_image image= »150″ img_size= »full »][/vc_column][vc_column width= »1/2″][vc_column_text]Le 27 juin 1889, un rude comtadin, François Blanc, se présenta à l’état-civil de Bedoin pour y déclarer son fils, Philippe.
Le préposé à l’enregistrement dut s’y reprendre à deux fois.
–    Lieu de naissance ?
–    Au sommet du Ventoux…
Depuis le 19 octobre 1884, François Blanc, agent météorologique, vivait avec sa jeune épouse dans une annexe de l’Observatoire dont la construction s’acheva en 1890. Pendant cinq années, il mesura la force des vents, la hauteur des neiges et des degrés centigrades au rythme de six relevés journaliers qu’il transmettait, en morse, au central de Carpentras. Ce 27 juin 1889,
le « faire-part », il était descendu le déposer, lui-même, à la mairie de Bedoin.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]Là-haut, son fils y vécut un an, après quoi, la petite famille regagna des altitudes plus fréquentables. Retraité en 1943, celui que l’on appelait familièrement Philippe Ventoux Blanc s’était retiré à Buis-les-Baronnies d’où il pouvait, par temps clair, contempler la pierraille austère qui lui avait servie, symboliquement, de berceau.

L’automobile à l’origine de sa renommée

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column width= »1/2″][vc_single_image image= »158″ img_size= »full »][/vc_column][vc_column width= »1/2″][vc_column_text]Entre temps, les rampes d’accès, tracées à la serpe dans les flancs boisés du mont, avaient humanisé l’accès à un sommet que l’homme n’eut de cesse de vaincre. Dès 1902, l’automobile en fit son terrain de jeux et d’essais privilégié. La course de côte concoctée par l’Automobile Club Vauclusien devint le plus long et le plus prestigieux des circuits européens.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]A travers vignes, massifs de cèdres, bois de chênes, hêtres et pins, de crêtes arides en combes traîtresses, des milliers de pilotes (américains, néo-zélandais, australiens, allemands…) et la célèbre Gordini bleue de Maurice Trintignant, coururent sur l’échine du Géant de Provence, avalant vingt-et-un kilomètres, cent virages et 1 600 mètres de dénivellation, parfois en moins de dix minutes (1969 – Schetty sur Ferrari). Bedoin empestait le ricin dans une extraordinaire ambiance de kermesse où le décibel crépitait, sans souci du danger latent. Jusqu’à ce 20 juin 1970, un samedi consacré aux essais et qui, soudain, se crêpa de noir. En bout de ligne droite, dans le premier lacet de Saint-Estève, la Lotus du belge Willem, lancée à plus de cent à l’heure,  s’enroula autour d’un arbre. Le Ventoux qui, un siècle plus tôt, avait donné vie, venait d’allonger la liste tragique de ses morts, randonneurs déboussolés, promeneurs inconscients, vététistes intrépides ou coureurs casse-cous. Sur ses pentes pierreuses, crevassées et pelées, blanchi par l’alternance du feu et du froid, le Ventoux dora un peu plus son nom avec l’avènement de la bicyclette de course. Le Tour de France et le Critérium du Dauphiné Libéré en consolidèrent le renom. Charly Gaul (1958), Raymond Poulidor (1965), Eddy Merckx (1970), Bernard Thévenet (1972), Jean-François Bernard (1987), Marco Pantani (2000) et Richard Virenque (2002) hissèrent la Grande Boucle sur son sommet. Sans dommage en ce qui les concerna.

Il y a quarante ans… Tom Simpson

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column width= »1/2″][vc_single_image image= »159″ img_size= »full »][/vc_column][vc_column width= »1/2″][vc_column_text]Mais le Ventoux, débonnaire dans la léthargie estivale peut, comme les grappes de vipères qui truffent ses sous-bois, cracher du venin. Ceux qui ont toujours couru en paix avec l’éthique sportive, l’ont escaladé à leur main, à leur rythme, sans que soit mise en danger leur intégrité physique. D’autres n’ont pas su (ou pu) gérer la fournaise et les conditions parfois dantesques dans lesquelles la course ahanait. Premier sujet britannique à porter le maillot jaune du Tour de France, Tom Simpson fut, un jour de juillet 1967, terrassé par l’effort.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_column_text]A mi-pente, dans un désert de caillasses, chauffé par un ciel de feu, il rendit les armes. A terre une première fois. Remis en selle puis poussé par des spectateurs. Titubant, le regard absent, les jambes à l’abandon, au sol une seconde fois. Pour de bon. Tom Simpson, dans un état comateux, disait adieu au Tour. Et à la vie. A l’hôpital d’Avignon, on ne put que constater les dégâts. Reste une stèle, en pleine ascension, que ses proches viennent fleurir régulièrement. Ce devrait être encore le cas, le 13 juillet prochain. Quarante ans après..[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]