Depuis près d’un quart de siècle, Pierre Scherrer et son épouse Marie élèvent une cinquantaine de camélidés sur la commune du Barroux, au pied du mont Ventoux. Admirablement acclimatés à la Provence, les lamas poursuivent leur mission de débroussaillage tout en demeurant une originale attraction touristique.
« Chaque matin au lever, je me rends à l’étable. Ils sont là, couchés, impassibles, bercés par le son doux et régulier de la rumination. Je ne peux me passer de ce spectacle bucolique traduisant un état de bien-être, de paix. Je perçois chez eux une confiance totale, un abandon vis-à-vis de Marie et de moi-même. »
Cet instant privilégié, extrait de son livre « Des lamas en Provence – 20 ans de passion d’un éleveur», Pierre Scherrer le savoure toujours avec la même dévotion.
Installée sur la commune du Barroux depuis 1984, sur la petite route qui serpente jusqu’au lac du Paty, sa ferme ressemble à un coin de paradis. Un petit havre de paix parsemé d’essences provençales où l’animal est roi.
Ce jour-là, Marie est en retard. Il est un peu plus de 9h 30 et les
« peluches » qui sortent la tête des box n’oublient pas de le lui faire savoir.
En contrebas de la route de la Madeleine entre Bedoin et Malaucène, tous les jours, c’est le même rituel.
Eté comme hiver, une fois la porte de l’étable franchie, les lamas sortent d’un pas tranquille. Avec leur air hautain et le port altier, ces seigneurs de la garrigue ne manquent ni de style, ni d’élégance.
Aujourd’hui, préférant poser pour un groupe de visiteurs originaires de Bretagne, les lamas de la ferme expérimentale du Barroux ne semblent pas être pressés de retrouver le sommet de la colline pour pâturer les massifs de petits chênes kermès et autres ligneux épineux.
A croire que les séances photos sont devenues, pour eux, un véritable jeu, d’aucuns donnant même le sentiment de prendre la pause.
Et puis, l’air de rien, Limonade, « la » chef de bande, prend la tête du cheptel pour emmener dans sa foulée l’ensemble du troupeau. « Les lamas obéissent à la loi du matriarcat, observe Pierre Scherrer. Le troupeau est dirigé par une femelle dominante qui prend les initiatives au quotidien. Le matin, lorsque nous menons le troupeau au pâturage, elle est devant. Si elle prend une longueur d’avance, elle attend que sa troupe la rejoigne avant de repartir.
Et le soir, c’est elle qui donne le signal du retour pour regagner la ferme. »
Un « lamaduc » pour franchir la route de la Madeleine
Telle Manon des sources à la mode Inca, Marie accompagne le troupeau jusqu’au passage du « lamaduc », un petit tunnel de pierre tout spécialement aménagé par le Conseil général de Vaucluse pour que les lamas puissent franchir la route de la Madeleine sans danger.
Agiles comme des chamois, les lamas viennent d’atteindre leur lieu de travail : un chantier naturel d’une cinquantaine d’hectares qui leur sert de festin. Car les lamas ne se contentent pas de faire l’attraction auprès des automobilistes, surpris mais ravis de découvrir ces animaux en bordure de route.
S’ils ont été introduits dans la région, c’est avant tout pour leur pouvoir de débroussaillage. Car avec son long cou, le lama qui offre l’avantage de ne pas s’intéresser à l’écorce peut ainsi atteindre la végétation jusqu’à deux mètres de hauteur « Depuis le premier jour, je suis convaincu que le lama joue un rôle préventif en mangeant la garrigue susceptible de propager le feu » commente Pierre Scherrer.
Plusieurs expériences ont été tentées, notamment sur la base militaire d’Orange. Aujourd’hui, à l’ombre du mont Ventoux, les lamas restent cantonnés sur leur territoire et la ferme expérimentale propose des visites pédagogiques (sur rendez-vous) qui contribuent à mieux faire connaître cet animal originaire des Montagnes Rocheuses.
Avec sa cinquantaine de lamas, Pierre Scherrer poursuit son rêve, celui de mettre au service de la forêt provençale, la capacité des lamas à débroussailler les espaces naturels. Une passion pour l’animal qui l’a conduit à développer son propre atelier de tissage, un atelier d’une autre époque où la laine de lamas est filée pour produire des tapisseries et des tapis de toute beauté.
Une exposition-vente de tissages
Là, il prend toujours plaisir à créer des pièces uniques qui font le bonheur de ses visiteurs et qui sont présentées dans une salle d'exposition. Un voyage unique pour découvrir des tentures, des plaids, des étoles, des écharpes... tissés à la main en laine de lama, soie naturelle et lin.
Une belle idée de balade, originale avec en décembre, une entrée libre tous les dimanches de 14h à 17h.
Lu dans Ventoux Magazine No 6 ( Photos Philippe Abel )
Ferme expérimentale d’élevage de lamas, Pied Cheval, 84 330 Le Barroux. Tél. 04 90 65 25 46.
Site Internet : www.leslamasdubarroux.com
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